« Vous êtes un citoyen quelconque d’un pays quelconque de l’Occident épuisé ; l’indignation est devenue votre lot quotidien – mais un lot qui vous écrase davantage que ce que vous n’êtes prêts à admettre ; vous êtes fatigués de l’indignation, au point de parfois en arriver à soutenir que seule elle, désormais, vous indigne encore »
Laurent de Sutter dans Indignation totale.
Nous vivons aujourd’hui dans une culture de l’indignation.
En l’absence de véritables malheurs, nous en créons des artificielles. Car il nous faut un sens commun au malheur, un besoin psychologique de notre société. Notre indignation répond à un désir profond : s’unir pour combattre une menace commune.
La culture de l’indignation, indignation constante dite indignation itérative, transforme le banal en catastrophique. N’importe quel événement, qu’il soit ordinaire ou pathétique, devient une raison de débat collectif et de moralité.
Ce qui est incroyable avec cette indignation constante, c’est qu’elle représente notre société et notre incapacité à surmonter certaines difficultés. Il semble bien plus simple de s’indigner sur les difficultés des autres que sur les nôtres.
Søren Kierkegaard explique que : “lorsque la vie est si facile qu’elle en devient trop facile, nous partons en quête de défis porteurs de buts et d’accomplissements.”
Cette indignation est cultivée par une volonté, sûrement inconsciente, de solidarité collective. Il y a alors la création de nouveaux problèmes. En fabriquant ces crises artificielles, un sentiment d’unité se crée et nous lie à des membres partageant les mêmes idées. Cependant ce rassemblement autour de l’indignation ne fait qu’aggraver un problème social.
« Si les hommes ne peuvent lutter pour une cause juste, ils lutteront contre la juste cause. Ils lutteront pour le plaisir de lutter. Autrement dit, ils lutteront par ennui, car ils ne peuvent imaginer vivre dans un monde sans lutte. «
Francis Fukuyama
Cela nous donne l’impression que ce n’est qu’en surmontant des difficultés ou crises que nous pouvons apprécier la réelle beauté de la vie. Dans une société où l’indignation est constamment passagère et détourne notre attention, il faudrait se demander davantage quelles sont les menacent que représentent cette indignation et comment y mettre fin. Et, si une soudaine envie de justice sociale nous anime, nous pouvons toujours y répondre tout en réfléchissant à la façon de faire.