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S’indigner en ligne

Ce n’est pas nouveau, nous savons que les réseaux sociaux sont un amplificateur de l’indignation à répétition.

L’indignation est la chose la mieux partagée sur les réseaux sociaux. Tristan Harris, ancien ingénieur chez Google, interrogé en rapport à la viralité sur Twitter a répondu : “L’indignation est le sentiment qui obtient le plus d’engagement. Pour chaque mot d’indignation ajouté à un tweet, le taux de retweet augmente en moyenne de 17%”

Elle s’empare de nous dès le matin, quand on tend oreille aux informations de la télévision ou de la radio. Elle s’intensifie au long de la journée sur les réseaux sociaux avec des tweets et commentaires accusateurs. Il suffit d’une injustice, une bêtise prononcée par un ministre, la crise des migrants, le réchauffement climatique, et voilà que nous ressentons une certaine colère nous envahir. L’indignation est devenue le mode d’expression de notre époque, facile et rapide à exprimer via les réseaux sociaux. Les gens nous donnent l’impression d’être vivant qu’à partir du moment où nous leur donnons une bonne raison pour s’emporter. 

En 2010, Stephane Hessel publiait son manifeste Indignez-vous, à l’adresse des jeunes générations qui a inspiré bon nombres de mouvements contestataires. Dans ce manifeste, l’écrivain présentait l’indignation comme une bonne chose en soi. Il écrivait : “Aux jeunes, je dis : regardez autour de vous, vous y trouverez les thèmes qui justifient votre indignation”. Cette génération appelée la “génération hesselienne” à donc bien trouvé comment justifier son indignation. L’indignation, qu’elle soit justifiée ou injustifiée, met celui qui parle dans un rôle de justicier et octroie un sentiment de réussite car oui, nous ne pouvons pas “rater” une indignation.

Nous pourrions penser qu’il vaut mieux trop de moral que pas assez mais dans le flot continu d’indignation qui parsème nos réseaux sociaux, nous aurions du mal à distinguer un réel J’accuse d’un Zola. Ce message passerait entre les mailles du filet. Le scandale en ligne se noie dans l’océan du fil d’actualité.

Et finalement, à force de s’indigner systématiquement sur les réseaux sociaux, on ne s’indigne plus vraiment de rien. 

L’indignation itérative crée un climat suffocant et conduit souvent au lynchage.

L’exemple du scandale #balancetonporc 

Le mouvement américain, né à partir de l’affaire Weinstein, est en raccord avec le problème éthique de la place de la femme et des violences qu’elle subit dans notre société. Mais un scission s’est créée dans cette affaire. Après le “moi aussi” de #balancetonporc, certaines femmes ont dit “moi pas”. Le véritable scandale est ici, quand les femmes ont refusé de se dire solidaires des autres, quelles injustices cela a éveillé au fond de chacun ? Au point que les autrices de ces textes ont croulé sous les insultes et les menaces via les réseaux sociaux. C’est là le problème de l’indignation constante en ligne.

Pourquoi tous les matins, la première chose que beaucoup de gens font est d’aller sur les réseaux sociaux afin de regarder ce qui se dit sur telle personne ou qui a tenu tel propos. Le problème n’est pas la moquerie ou l’indécence utilisée pour faire part de son indignation mais la manière dont cette moquerie donne naissance à un rire qui permet à celui qui lit de se sentir supérieur.

Plutôt que de nous concentrer sur ce que l’on sait et ce que l’on veut défendre à tout prix, pourquoi ne pas se concentrer sur des choses que nous ne savons pas ? 

Arrêtons cette volonté policière et justificatrice. Des mauvaises personnes méritant d’être punis ça ne fait aucun doute sur leur existence, mais c’est pour cela qu’ont été inventés les tribunaux, les polices et les institutions. Malgré un système à repenser, nous ne pouvons pas nous permettre de jouer constamment les justiciers au service de ce qui nous indigne ou non. Il nous faut donc apprendre à raisonner plus qu’à s’indigner.

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